Katia Legeret-Manochhaya


CON UN SESTO SENSO

La poesia che segue, trascritta da Katia Legeret-Manochhaya, è tratta dal Ramayana. Questa poesia e le pagine che seguono sono contenute nel libro Poesia e pace, curato da Serse Cardellini ed Elisa Parisotto per l’Accademia Mondiale della Poesia di Verona fondata nel 2001 dall’UNESCO, pubblicato da Thauma Edizioni, Pesaro 2010.

 

 

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LES NEUF SAVEURS DE L’ESPRIT

L’Amour, devant l’enfant de notre planète, qui se promène
L’Héroïsme, devant l’arc brisé
La Compassion, devant celui qui se nourrit des offrandes aux morts
Le Comique, devant le visage déformé de la démonesse
L’Emerveillement, devant les rochers de l’Océan assemblés pour faire un pont
La Terreur, devant ce qui cause la faute
L’Odieux, devant celui qui a plusieurs têtes
La Fureur, devant le roi démon qui multiplie les destructions,
La Paix, devant celui qui fait voeu de silence
La Paix, devant celui qui sème la sagesse,
La Paix devant celui qui enseigne la libération

Prière:

Plus de pensées vagues.
Qu’elle vienne la permanence de l’esprit!
Plus d’obscurité.
Qu’elle vienne la lumière du coeur!
Plus de peur devant la mort.
Qu’il vienne le nectar de l’être!
OM paix de l’âme, paix de l’âme, paix de l’âme

(traduzione dal sanscrito di Katia Legeret-Manochhaya)

 

 

I NOVE SAPORI DELLO SPIRITO

L’Amore, davanti al bambino del nostro pianeta, che passeggia
L’Eroismo, davanti all’arco spezzato
La Compassione, davanti a colui che si nutre delle offerte ai morti
Il Comico, davanti al viso deforme della demone
Lo Stupore, davanti alle rocce dell’Oceano assemblate per creare un ponte
Il Terrore, davanti a ciò che causa lo sbaglio
L’Odio, davanti a colui che ha molteplici facce
Il Furore, davanti al re demone che moltiplica le distruzioni,
La Pace, davanti a colui che fa voto di silenzio
La Pace, davanti a colui che semina la saggezza,
La Pace, davanti a colui che insegna la liberazione

Preghiera:

Non più pensieri vaghi.
Che giunga la permanenza dello spirito!
Non più oscurità.
Che venga la luce del cuore!
Non più paura davanti alla morte.
Che venga il nettare dell’essere!
OM pace dell’anima, pace dell’anima, pace dell’anima

(traduzione dal francese di Elisa Parisotto)

 

 

 

 

La paix dans la tradition poétique asiatique

Katia Legeret-Manochhaya

 

Imaginons que je m’adresse à différents peuples de l’Asie du Sud-est pour leur poser la question suivante: y a t-il une poésie qui nourrisse en vous depuis des siècles l’expérience de la paix? Vous seriez émerveillés par la réponse: oui, il existe bien un poème épique, d’origine indienne qui est écrit en langue sanscrite: il s’agit du Râmayana, un monument littéraire, composé de 24.000 versets. Ayant profondément marqué toutes les civilisations de l’Asie méridionale, il a été écrit il y a environ 2000 ans par le poète Vâlmiki. Une formule indienne très connue dit ceci: «le Râmayana se trouve dans chaque maison et en chaque homme». C’est un poème avec lequel les hommes vivent au quotidien, que ce soit une grand-mère paysanne le racontant à ses petits-enfants illettrés ou bien un acteur brahmane érudit le récitant en sanscrit dans une fête religieuse…
Ce poème raconte l’histoire d’un jeune prince, Râma: à cause d’une malédiction, il est chassé en exil pendant quatorze ans dans la forêt. Il renonce au trône de son père. Puis son épouse Sîtâ est enlevée par le roi démon Ravana. Une guerre se déclenche entre les démons et Râma, soutenu par une armée de grands singes. Râma finit par remporter la victoire.
J’aimerai vous montrer comment l’épopée du Râmayana est une poétique de la paix qui rayonne depuis mille ans entre différents peuples, entre différents langues, entre différents religions, par exemples dans le Cambodge et la Thaïlande bouddhistes ou dans l’Indonésie musulmane…
Il y a un seul Râmayana mais le nombre de versions poétiques écrites dans les treize langues officielles indiennes est considérable. Il existe également des traditions purement orales de cette épopée parmi les 1700 langues maternelles indiennes. Ce multilinguisme poétique montre à quel point la poésie peut générer une paix de l’esprit commune tout en exaltant la richesse des différences. Le texte le plus connu est le Râmayana de Tulsidâs, un poète mystique du 17ème siècle. Pour cent millions d’indiens, cette version en langue hindi est devenue le plus grande livre sacré. Le Râmayana est joué et récité pendant trente et un jours dans les villages indiens à la fin de la saison des pluies avec des milliers de participants (c’est le Ramlila, le Théâtre de la vie de Râma). Lorsque cette épopée passe sur le petit écran dans sa récente version de quarante heures, à chaque épisode, la vie du pays s’arrête, les boutiques ferment…
Découvert en France par le français Hyppolite Fauche, ce poème est d’abord mentionné par Jules Michelet. Dans sa Bible de l’humanité cet auteur écrit: «quiconque a séché son cœur, qu’il l’abreuve au Râmayana, le plus grand poème sacré de l’Inde».
Mais comment ce Râmayana développe t-il poétiquement l’idée et le sentiment de la paix? Je donnerai trois réponses successives dont voici d’abord les grandes lignes:
La première réponse est liée au contenu de cette épopée: la poésie manifeste l’interdépendance de toutes choses dans l’univers. Dès que nous sommes conscients de ce tissage, dès que nous participons à cette interdépendance, alors notre esprit connaît l’apaisement.
La deuxième réponse est dans le but que se donne le Râmayana: éprouver le rasa, la saveur esthétique. Il montre comment cette bataille, cette épopée sont en nous-mêmes. La poésie dévoile le langage de l’âme lorsque celle-ci est apaisée, délivrée de l’historicité des conflits émotionnels. A l’instant où le poète et le lecteur goûtent le soi, la plus haute des saveurs porte le nom de shanta, le sentiment de paix.
La troisième réponse tient au moyen poétique utilisé par le poète Vâlmiki: c’est le pouvoir incantatoire du mot. Le mot rend présent ce qu’il appelle et il est inséparable du geste exprimé par le corps. Ainsi le poète est-il à la fois acteur et danseur. Le choix de cette conférence sur la paix dans la tradition poétique asiatique s’est fait lors d’une expérience esthétique très particulière au Maroc. En effet, aux Rencontres Internationales de Fès 2002, la réflexion portait sur la possibilité de «donner une âme à la mondialisation». Les intervenants étaient priés de proposer un symbole avant de parler. Dans l’une des tables rondes, le grand leader bouddhiste de Thaïlande, Sulak Sivaraksa, a levé dans ses mains une marionnette du Râmayana, Ce geste poétique, face à un interlocuteur économiste anglo-saxon a été d’une force inouïe: malgré les tensions du débat et les différences culturelles, il a su générer dans le public un véritable sentiment de paix.

La poésie donne shanta, la paix, en ce qu’elle manifeste le sentiment d’interdépendance:

1)interdépendance entre tous les arts . Car en Inde, la poésie est art dramatique: kâvyan ca nâtyam eva, le poète est acteur, musicien, danseur, spectateur…
2)interdépendance entr etous les êtres. En effet la poésie d’Asie rappelle à l’homme qu’il appartient à des réseaux cosmiques très amples, diversifiés et protecteurs. Par conséquent, quelque soit le degré de sa souffrance, il ne connaît pas l’angoisse. Les Upanishads résument ainsi ce tissage entre le microcosme et le macrocosme: tat twam asi, toi tu es cela. Le poète appelle «cela» la sur-réalité, alaukikatva, le merveilleux, l’idée que l’impossible puisse devenir réel. C’est la grâce des métaphores: la femme devient liane, le démon une biche, les yeux du héros amoureux prennent la forme des fleurs de lotus, son corps a la couleur des nuages de la mousson…
3)cette interdépendance poétique donne au langage une très grande liberté. Si le poète dit le mot fleur, il ne montre pas une fleur, ni cette fleur particulière. Mais il ouvre mille fleurs possibles. La poésie du mot fleur se révèle en tant que possibilité de floraison. Et ce sentiment de fleurir engendre aussitôt le sentiment de paix. La poésie apporte la paix grâce à cette liberté du sens, à cette quête ouverte du sens.

C’est dans le Livre I du Râmayana que l’Inde s’explique sur l’origine et le but de la poésie. Cela se résume en un jeu de mots resté célèbre depuis deux mille ans: shoka/shloka: le poème naît du chagrin, le chagrin devient poème.

Au début du Râmayana, Vâlmiki le poète se promène. Il est témoin d’une scène pathétique: un chasseur vient de tuer la femelle d’un couple d’oiseaux. Le poète ressent alors le chagrin de l’oiseau brutalement séparé de celle qu’il aime: «comme un flot débordant d’une jarre trop pleine d’eau, son verbe devient poème, son shoka devient shloka». Mais ce chagrin n’est pas ordinaire. Var dans le poème, il n’a plus d’objet ni de sujet extérieur. L’émotion devient pur sentiment. Le chagrin d’un être se transforme en compassion étendue à toute l’expérience humaine. Il s’appelle alors rasa, saveur du soi, du tout humain. Ce processus poétique à travers huit sentiments (rasa) fondamentaux génère le dernier sentiment, le shanta rasa, l’esprit apaisé. J’ai choisi de danser ce soir dans la cathédrale de Vérone ce passage du Râmayana composé en Inde par mon maître K. Muralidhar Rao. Il résume cette épopée selon les huit sentiments définis dans l’art traditionnel de l’Inde: l’amour, l’héroïsme, le pathétique, le comique, le terrible, l’odieux, le furieux, le merveilleux. Il montre comment ceux-ci conduisent au neuvième: shanta, la paix intérieure, qui a pour synonyme la consonnance des cœurs, tels des miroirs limpides.

La poésie donne au mot une force incantatoire, c’est-à-dire une voix de la paix, une voix pour la paix.

Le poète Tulsidas résume son Râmayana en un seul mot: Râma. «Le nom de Râma sur tes lèvres est une harpe sertie de pierres précieuses afin qu’au-dehors de toi-même comme au dedans de toi-même, la lumière puisse resplendir». Le poème se place dans le pouvoir du nom: si tu dis «Râm nâm» explique Vâlmiki, alors ton je est déraciné et il trouve la paix. Si tu le dis sans arrêt, sans qu’aucun autre mot ne puisse te désaltérer, alors tu es devenu un assoiffé d’amour. Tu es comme le coucou, le câtaka qui chante en attendant le nuage de pluie: aucune eau de rivière, ni de lac, ni de mer ne peut lui suffire.
La poésie nous offre ainsi la paix car elle chemine au-delà des dualités. Elle ne dit pas que le monde seul est réel, ni que le monde est irréel ni qu’il est à la fois l’un et l’autre. Elle dit: je ne suis ni ceci ni cela mais entre les deux, un «entre» rythmique. Ce rythme de l’écart, d’un espace qui espace les choses, génère le sentiment de paix. L’acteur, danseur et poète, a pour tâche de perpétuer au cœur de sa pratique scénique et quotidienne, cette manière d’habiter poétiquement le monde. Celle-ci pourrait être résumée dans cet épisode clé du Râmayana: Râma, à l’instant de tendre son arc pour tuer Ravana, retient son souffle. Il vient de ressentir son appartenance à une entité indivisible, l’entité «arc-flèche-cible-homme» dont aucun des éléments ne doit être privilégié. La paix se cultive dans ce sentiment poétique et spirituel d’interdépendance, que les 1700 langues maternelles indiennes chantent bien au-delà des mots.

La pace nella tradizione poetica asiatica

Katia Legeret-Manochhaya

Immaginate che mi rivolga ai differenti popoli dell’Asia del Sud-est per porre loro la seguente domanda: c’è una poesia che da secoli alimenta in voi l’esperienza della pace? Voi sareste meravigliati della risposta: sì, esiste proprio un poema epico, di origine indiana che è scritto in lingua sanscrita: si tratta del Râmayana, un monumento letterario, composto da 24000 versetti. Questo poema che ha lasciato un’impronta profonda in tutte le civiltà dell’Asia meridionale, è stato scritto circa 2000 anni fa dal poeta Vâlmiki. Una formula indiana molto conosciuta dice questo: «Il Râmayana si trova in ogni casa in ciascun uomo». E’ un poema con il quale gli uomini convivono quotidianamente, che sia una nonna di paese che lo racconta ai suoi nipotini analfabeti oppure un attore bramino erudito che lo recita in sanscrito durante una festa religiosa…
Questo poema racconta la storia di un giovane principe, Râma: a causa di una maledizione, egli viene cacciato in esilio per quattordici anni nella foresta. Egli rinuncia al trono di suo padre. Poi la sua sposa Sîtâ viene rapita dal re demone Ravana. E si scatena una guerra fra i demoni e Râma, sostenuto da un esercito di grandi scimmie. Râma finisce col riportare la vittoria.
Io desidererei tanto mostrarvi come l’epopea del Râmayana sia una poetica della pace che risplende da 2000 anni tra popoli differenti, tra lingue differenti, tra differenti religioni, per esempio in Cambogia e nella Thailandia buddista o nell’Indonesia mussulmana…
C’è un solo Râmayana ma c’è un grandissimo numero di versioni poetiche nelle tredici lingue ufficiali indiane. Ed esistono anche delle tradizioni orali di questa epopea attraverso le millesettecento lingue madri indiane. Questo multilinguismo poetico mostra a qual punto la poesia può generare una pace dello spirito comune pur esaltando la ricchezza delle differenze. Il testo più conosciuto è il Râmayana di Tulsidâs, un poeta mistico del XVII secolo. Per cento milioni di indiani questa versione in lingua hindi è diventata il più importante testo sacro. Il Râmayana è rappresentato e recitato per trentuno giorni nei villaggi indiani alla fine della stagione delle piogge con migliaia di partecipanti (è il Ramlila, il Teatro della vita di Râma). Quando quest’epopea viene trasmessa tramite la televisione nella sua recente versione di quaranta ore, ad ogni episodio la vita del paese si arresta, i negozi chiudono…
Divulgato in Francia dal francese Hyppolyte Fauche, questo poema è menzionato per la prima volta da Jules Michelet. Nella sua Bible de l’humanité questo autore scrive: «chiunque ha inaridito il suo cuore, lo disseti al Râmayana, il più grande poema sacro dell’India».
Ma come questo Râmayana sviluppa poeticamente l’idea e il sentimento della pace? Io darò tre risposte successive di cui ecco a voi, innanzitutto, le grandi linee: la prima risposta è legata al contenuto di quest’epopea: la poesia chiarisce l’interdipendenza di tutte le cose nell’universo. Dal momento in cui siamo coscienti di questo intreccio, vale a dire che siamo partecipi di questa interdipendenza, allora il nostro spirito conosce l’appagamento.
La seconda risposta è nel fine che si pone il Râmayana: sperimentare il rasa, il gusto estetico. Esso mostra come questa battaglia, questa epopea siano in noi stessi. La poesia svela il linguaggio dell’anima, quando l’anima è placata, liberata dalla storicità dei conflitti emotivi. Quando il poeta e il lettore gustano il sé, il più alto dei sapori porta il nome di shanta, il sentimento di pace.
La terza risposta riguarda il mezzo poetico utilizzato dal poeta Vâlmiki: è il potere magico della parola. La parola rende presente ciò che chiama per nome ed è inseparabile dal gesto espresso dal corpo. Così il poeta è allo stesso tempo attore e danzatore. La scelta di una conferenza sulla pace nella tradizione poetica asiatica si è fatta al momento di un’esperienza estetica molto singolare in Marocco. In effetti, ai Rencontres Internationales de Fès 2002, la riflessione conduceva alla possibilità di «dare un’anima alla mondializzazione». Gli intervenuti erano pregati di proporre un simbolo prima di parlare. In una delle tavole rotonde, il grande leader buddista della Thailandia, Sulak Sivaraksa, ha alzato tra le sue mani una marionetta del Râmayana. Questo gesto poetico di fronte ad un interlocutore economista anglosassone è stato di una forza inaudita: ha saputo generare nel pubblico un vero sentimento di pace malgrado la tensione del dibattito e le differenze culturali.

La poesia dona shanta, la pace in quanto manifesta il sentimento di interdipendenza:

1)Interdipendenza tra tutte le arti. Perché in India la poesia è arte drammatica: kâvyan ca nâtyam eva, il poeta è attore, musicista, danzatore, spettatore…
2)Interdipendenza tra tutti gli esseri. In effetti la poesia asiatica ricorda all’uomo che egli appartiene a dei reticoli cosmici molto ampi, diversificati e protettori. Conseguentemente, quale che sia il grado della sua sofferenza, egli non conosce l’angoscia. Le Upanishads riassumono così questo intreccio tra il microcosmo e il macrocosmo: tat twam asi, tu, proprio tu, sei questo. Il poeta chiama “questo” la surrealtà, alaukikatva, il meraviglioso, l’idea che l’impossibile possa diventare realtà. E’ la grazia delle metafore: la donna diventa liana, il demone una cerva, gli occhi dell’eroe innamorato hanno la forma dei fiori di loto, il suo corpo ha il colore delle nuvole del monsone…
3)Questa interdipendenza poetica dona al linguaggio una grandissima libertà. Se il poeta dice la parola fiore, non indica un fiore, né questo fiore particolare. Ma apre mille fiori possibili. La poesia della parola fiore è la possibilità della fioritura. E questo sentimento del fiorire genera istantaneamente il sentimento di pace. La poesia porta con sé la pace grazie a questa libertà del significato, a questa ricerca aperta del significato.

È nel primo libro del Râmayana che l’India si dà una risposta sull’origine e il fine della poesia. Ciò si riassume in un gioco di parole rimasto celebre dopo 2000 anni: shoka/shloka: il poema nasce dalla tristezza, la tristezza diventa poema.

All’inizio del Râmayana, il poeta Vâlmiki passeggia. Egli è testimone di una scena patetica: un cacciatore ha appena ucciso la femmina di una coppia di uccelli. Il poeta sente vivamente la tristezza dell’uccello brutalmente separato da chi ama: «come un’onda che trabocca da una giara troppo piena d’acqua, la sua parola diventa poema, il suo shoka diventa shloka». Ma questa tristezza non è abituale, perché nel poema non c’è più né oggetto né soggetto esterno. L’emozione diventa puro sentimento. La tristezza di un essere diventa la compassione estesa a tutta l’esperienza umana. Si chiama allora rasa, sapore del sé, della totalità umana. Questo processo poetico attraverso otto sentimenti (rasa) fondamentali genera l’ultimo sentimento, il shanta rasa, lo spirito appagato. Io ho scelto stasera di danzare nella cattedrale di Verona questo passaggio del Râmayana composto in India dal mio maestro K. Muralidhar Rao. Egli ha sintetizzato questa epopea secondo gli otto sentimenti definiti nell’arte tradizionale dell’India: l’amore, l’eroismo, il patetico, il comico, il terribile, l’odioso, il furioso, il meraviglioso. Egli dimostra come essi conducano al nono: shanta, la pace interiore, che ha per sinonimo la consonanza dei cuori, simili a degli specchi limpidi.

La poesia dona alla parola una forza magica, vale a dire una voce della pace, una voce per la pace.

Il poeta Tulsidas riassume il suo Râmayana in una sola parola: Râma. «Il nome di Râma sulle tue labbra è una lampada tempestata di pietre preziose affinché al di fuori di te come all’interno di te, la luce possa risplendere». Il poema si basa sul potere del nome: se dici Râm nâm, spiega Vâlmiki, allora il tuo io è sradicato e trova la pace. Se lo dici senza fermarti, senza che nessun’altra parola possa dissetarti, allora sei diventato un assetato d’amore. Tu sei come il cuculo, il câtaka che canta attendendo la nuvola carica di pioggia: nessun’acqua di fiume, di lago, di mare può essergli sufficiente.
La poesia ci dona la pace perché va al di là delle dualità. Essa non dice che solo il mondo è reale, né che il mondo è irreale, né che è allo stesso tempo l’uno e l’altro. Essa dice: io non sono né questo né quello ma tra i due, un “tra” ritmico. Questo ritmo dello scarto, di uno spazio che distanzia le cose, genera il sentimento di pace. L’attore, danzatore e poeta, ha il compito di perpetuare all’interno della sua pratica scenica e quotidiana, questo modo di abitare poeticamente il mondo. Tale modo potrebbe essere sintetizzato in questo episodio chiave del Râmayana: Râma nel momento di tendere il suo arco per uccidere Ravana, trattiene il respiro. In quell’attimo avverte di appartenere ad un’entità indivisibile, l’entità, “arco-freccia-bersaglio-uomo” di cui nessun elemento deve essere privilegiato. La pace si coltiva in questo sentimento poetico e spirituale di interdipendenza che le 1700 lingue madri indiane cantano ben al di là delle parole.

(traduzione dal francese di Elisa Parisotto)

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Katia Legeret-Manochhaya è originaria dell’India. Formata fin dall’infanzia alle arti marziali giapponesi da suo padre e dal maestro S. Kasé, Manocchaya è stata iniziata al Bharata-Nâtyam da Amala Devi, sola diretta depositaria dell’insegnamento di Meenakshi Sundaram Pillai trasmessole da Ram Gopal. Manocchaya ha avuto lo straordinario privilegio di danzare al fianco di K. Swarnamukhi, danzatrice di Stato del Tamil Nadu, nei grandi templi dell’India e di ricevere in eredità la sua arte dei 108 Karanas. Dal 1985, il suo maestro Karnataka K. Muralidhar Rao, ha composto per lei numerosi repertori fondati su antichi rituali, «Dashavatars, Navagrahas, devaranamas di Purandaradasa». Ha appreso la tradizione di Mysore presso Venkatalakshamma alla corte del Maharajah. Ufficialmente invitata a rappresentare lo spettacolo di chiusura dell’Anno dell’India nel 1986 al Palazzo di Chaillot, Manocchaya conduce una carriera internazionale. Per la quinta volta presente sulla scena del Palazzo dell’UNESCO nel 1997, il Congresso Internazionale degli Astrofisici, fra i quali Hubert Reeves, l’ha invitata per la sua «Danse des Planètes» (Danza dei Pianeti), in occasione della sua tournée in Europa per il cinquantenario dell’Indipendenza dell’India, patrocinata dall’Ambasciata dell’India. Ex-allieva de l’Ecole Normale Supérieure (Scuola Magistrale Superiore) in filosofia, dottore in scienze dell’arte, Katia Légeret Manochhaya è abilitata a guidare ricerche in Estetica (Parigi I Sorbonne). Prosegue il suo insegnamento universitario a Parigi, prendendo parte all’elaborazione della rete europea «Diversités Culturelles» (Diversità Culturali). Manochhaya cerca di preservare la cultura tradizionale dell’India e la sua «art total» mettendo simultaneamente in scena la danza, il teatro, la musica, la poesia, la scultura e l’architettura. Tra le sue pubblicazioni ricordiamo: Le mythe de la création (Il mito della creazione), 1995; Les 108 pas du dieu Siva (I 108 passi del dio Siva), 1997 (dottorato); Le danseur cosmographe, manuel du Bharata-nâtyam (Il danzatore cosmografo, manuale del Bharata-nâtyam), 1999; Esthétique de la danse sacrée (Estetica della danza sacra), 2001 (abilitazione H. D. R.).